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lundi 12 février 2007, 17h38
CONAKRY (AFP) - Au moins 11 personnes, dont un militaire lynché par la foule, ont été tuées lundi au cours d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre dans la banlieue de Conakry pour exiger le départ du président Lansana Conté, au pouvoir depuis 23 ans. Dans le même temps, des tirs nourris étaient entendus venant de l'intérieur d'un camp abritant des unités d'élite de l'armée guinéenne, près de l'aéroport de Conakry, selon plusieurs témoins joints par l'AFP.
Il pourrait s'agir des premières dissensions enregistrées depuis le début des troubles le 10 janvier au sein de l'armée guinéenne, qui constitue le socle du pouvoir du président Conté, âgé de 72 ans et qui a grade de général. Des affrontements ont éclaté en fin de matinée entre jeunes manifestants armés de gourdins et forces de l'ordre dans plusieurs quartiers de la banlieue de la capitale, où les principaux axes sont coupés depuis samedi par des barricades érigées dans plusieurs quartiers par des manifestants. Deux manifestants ont été tués à Hamdallaye, dont un lorsqu'un groupe de jeunes gens a attaqué le domicile d'un colonel de l'armée. Un troisième a été tué au quartier ENCO-5, selon ces témoignages, qui font état d'au moins 23 blessés. Trois manifestants ont été tués dans le quartier de Wanidara par la garde présidentielle qui a tiré après que des jeunes eurent lancé des pierres dans leur direction à leur passage, selon des témoins. Depuis samedi, 29 personnes, dont deux militaires, ont été tuées. Cette nouvelle explosion de violences fait suite à la nomination par le président Conté du ministre Eugène Camara, un de ses proches, au poste de Premier ministre. Les syndicats et l'opposition, qui attendaient un homme de consensus, ont estimé avoir été trahis par le chef de l'Etat, et ont rejeté cette nomination. Dimanche, les syndicats ont pour la première fois exigé le départ de Lansana Conté, coupant ainsi les voies de la négociation et marquant un net durcissement dans le bras de fer avec le pouvoir. Ajoutant à la confusion, des tirs provenant de l'intérieur du camp Alpha Yaya mais aussi des environs immédiats ont été entendus à la mi-journée, selon des témoins. Un correspondant de l'AFP a également entendus ces détonations depuis un quartier proche du camp. Les tirs se poursuivaient en début d'après-midi. Le camp Alpha Yaya abrite une unité de commandos et le bataillon spécial de Conakry, des unités d'élite de l'armée. Il accueille aussi le quartier général de l'armée, mais l'état-major est basé dans le camp Samory (centre de la capitale), où réside également le président Conté. Selon des témoignages non confirmés officiellement, des soldats du camp Alpha Yaya réagiraient avec colère à l'arrivée récente à Conakry d'hommes armés en provenance du Liberia et la récente promotion par le président Conté de certains officiers de l'armée. Cette détérioration de la sécurité s'accompagne d'un isolement progressif de la Guinée, pays pauvre qui compte 9,4 millions d'habitants. Air France a annulé ses vols Paris-Conakry de samedi et dimanche et Air Sénégal International sa liaison Dakar-Conakry de dimanche soir. Le ministère français des Affaires étrangères a de son côté exprimé sa "très vive préoccupation" après les violences du week-end en Guinée, appelant toutes les parties à la retenue.
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